TENDRE VIOLON
Comment saurai-je pourquoi au milieu de la brume du soir
J’ai senti glisser sur mes épaules votre regard doux
Tantôt retenu, tantôt insistant, toujours constant
J’ai cru un instant percevoir de vous un possible élan
Sans jamais me retourner je vous savais présent
Scrutant sans doute l’augure avant de vous décider
Il me sembla vain, cependant d’accueillir ce nouvel espoir
Tant au fond de moi je vous sentais par trop hésitant
Alors mes pieds dans l’eau, absorbant en moi les ondes
Je tournai mon âme vers mon dessein premier, partir
J’avais ce désir insensé de départ sans retour
Vers je ne sais quel port plus serein qu’ici-bas
J’étais lasse d’une existence fade ou l’amour me fuyait
Où les amants autour n’exhibaient que l’orgueil de me posséder
A la place de m’aimer vraiment en mon être affamé
Ils m’épuisaient de leurs lourds et insipides envies
Je n’étais qu’une marguerite à cueillir et à effeuiller
Sans même le souffle ardent d’un poème pour embellir le geste
Vivre d’ailleurs sans la souffrance de respirer cet air lourd
Vivre comme la pierre immobile et muette au milieu des courants
Appartenir au mystère obscur des éléments insensibles
Être ici et là, là et ici, telle une vapeur qui s’évade au soleil couchant
Et puis ce chant s’éleva, chuchoté d’abord puis plus clair et vibrant
Une voix cristalline, un vent frôlant les cordes d’un tendre violon
Peut-être n’était-ce pas si pur, mais c’est ce que percevait mon âme
Car mes ouïes sourdes s’étaient déjà fermées aux bruits du monde
Un chant masculin, celui d’un devin qui lisait dans les plis de mon cœur
Les lignes troubles de mon destin d’hirondelle aux ailes rompues
Un chant et des mots apaisant mes maux, un chant écho à ma souffrance
Seul un être sensible et vrai pouvait ainsi faire vibrer mes cordes intérieures.
Ce chant était pour moi, rendant ses harmoniques au silence hermétique
J’ai écouté, et laissé entrer en moi ces accents si profonds et graves !
Yves Untel Pastel
Seul un être sensible et vrai pouvait ainsi faire vibrer mes cordes intérieures...
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