La clé dans la
mare.
J’ai un ronflement sourd à la poitrine, un bruit de
moteur qui tousse et crache.
Mon cœur accidenté a le souffle court, j’ai couru les
rallyes fous des interdits
Roulé sans permis sur les routes défendues, j’ai pris
des pistes crevassées d’ornières
Cueilli des amours spontanées et éphémères, je n’ai pas
eu peur de m’arrêter de nuit.
Sur les périlleuses bandes d’arrêt d’urgence, Pour
prendre en auto-stop des passagères las
Rassasiées d’aventures et d’illusions perdues
Au volant de l’errance défiant l’inconnue, je croise
dans le carrefour du hasard
Ces flamands rose bonbon parfumés, campés sur leurs
échasses en bas de soi
Pudiquement je les reçois dans mon intimité, et leur offre sans serment ma maigre tendresse
Qu’est-ce en définitive aimer que de vouloir du bien à
ceux que le hasard livre à votre humanité ? En amour il y a autant
d’appétit d’être soi-même chéri que de désir généreux de donner de son
affection ! À combler de mansuétude les lacs de solitude on se sent un peu
moins seul et on ose rêver que l’errance cesse et que l’amour surgisse et reste !
J’ai un ronflement sourd à la poitrine, un bruit de
moteur qui tousse et crache.
Mais malgré les ennuis des grands chemins,
globe-trotter amoureux je n’ai pas renoncé
À trouver quelque part une aire de pur repos. Du voyage
épuisant je ferai une escale, où peut-être poserai-je réellement mes valises et
ferais-je racines et pourquoi pas des fleurs pour le bonheur d’une jardinière
qui aimera mes roses et supportera mes épines. Près d’elle j’abandonnerais ma
vieille guimbarde et je jetterais la clé dans une mare parmi les nénuphars. À
deux, je crois qu’il est moins triste de contempler au crépuscule la parade
tranquille des cygnes.
J’ai toujours un ronflement à la poitrine, mais il est
aujourd’hui plus doux
C’est celui d’un chat un peu sauvage qui se laisse
apprivoisé
Je n’ai plus l’obsession de la route et la poursuite de
la liberté
J’établis moi-même le procès-verbal du gardien de la
paix,
Mon cœur peut encore tourner au régime doux,
Après des kilomètres au compteur je trouve le bon
rythme
Celui de la barque qui dodeline mollement au bord du
lac
Où plus personne n’éprouve le besoin de prendre le
large.
L’amour s’est installé sur le nénuphar auprès de la
grenouille
Repos.