vendredi 7 octobre 2022
AUTOUR DE LA PSYHIATRIE - Article repris du net
trajectoire, la vie des patients, sans pour cela les mettre dans une sorte de limbe d’où ils ne peuvent plus sortir : l’hôpital psychiatrique. La santé deviendra alors un enjeu politique majeur.
J’appelle de tous mes voeux cette évolution. La psychiatrie a un avenir grandiose à condition de féconder toute la médecine et de renoncer à cette société parallèle qu’elle a créée et qui lui a donné tout son pouvoir. Elle doit se dégager de toute religion, voire de l’obscurantisme dans lequel elle fut tout au long des xixe et xxe siècles. Elle doit éviter toute explication totalisante du monde, faute de quoi elle redevient totalitaire et religieuse. Elle doit être en dehors de tout pouvoir exhorbitant du droit commun.
La psychiatrie — médecine de l’âme — a intérêt à être laïque et citoyenne, intégrée dans la cité et dans la médecine, tenant compte de la parole des usagers, prônant l’alliance thérapeutique et la relation. Comme toute science triomphante idéologiquement, elle a été un agent efficace du contrôle de la société. L’apprentissage de la liberté est certainement la plus grande force thérapeutique pour les personnes présentant des troubles mentaux.
Mais ceci n’est qu’une prédiction. Et pour dire l’avenir, le psychiatre n’est pas le mieux placé. D’autres le prédisent mieux que lui. Tout au plus, sorte d’anthropologue de l’individu, peut-il se montrer sensible aux variants et invariants de la psyché humaine. Sa fonction de soins et de consolation, de thérapie et d’interprétation restera intacte, mais il se devra d’être modeste dans l’attribution des guérisons.
La psychiatrie accompagne et amortit les mutations et les malheurs humains ; par les drogues, par la parole, par le sens qu’elle leur donne. Dans une société en mutation rapide, elle se délocalise et abandonne son navire amiral, l’asile, au nom des droits de l’homme et du partage du malheur entre tous les humains. En faisant cela, elle quitte le champ de la Folie, qui ne lui est plus propre, pour celui des maladies. Et ceci radicalement. À l’heure des réseaux, des soins à distance, de la révolution moléculaire, de l’imagerie cérébrale, de l’évaluation des psychothérapies, la Folie quitte la psychiatrie et retourne à la Cité. Elle redevient humaine. La psychiatrie perd alors sa spécificité de science de l’âme pour devenir science du cerveau ; elle redevient discipline médicale à part entière.
Fin du dualisme. Synthèse entre de Clérembault et Basaglia, Gallien et Hippocrate. S’il y a plus d’une vérité en médecine, il y en a certainement moins que deux. Case départ. Enfin ?
Article de Jean-luc Roelandt.
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